Une cliente arrive au rendez-vous avec une capture d’écran Instagram sur son téléphone. Effet poupée, courbure D et 13 mm au centre. Sauf que ses cils naturels partent vers le bas, que sa paupière recouvre une partie de la frange et qu’elle garde ses lunettes toute la journée.
La courbure ne se choisit donc pas sur une photo. On regarde d’abord le cil naturel, puis la forme de l’œil, puis la vie quotidienne de la cliente. Et pour un rehaussement, elle ne sort même pas d’un plateau puisqu’elle dépend de la taille du silicone.
Ce que la lettre décrit et ce qu’elle ne garantit pas
La courbure désigne la forme que prend l’extension entre sa base et sa pointe. Elle se décide à l’usine. La marque Elleebana décrit par exemple des fibres en PBT coupées à la main, enroulées puis chauffées pour fixer leur courbe, le PBT étant la fibre synthétique qu’utilisent la grande majorité des techniciennes.
Le piège tient aux lettres elles-mêmes, car aucune norme ne définit ce qu’est une C ou une D. Un guide professionnel publié en juin 2026 rappelle qu’une courbe vendue en D par un grand fournisseur britannique se retrouve étiquetée CC chez d’autres fabricants. Les angles qui circulent en ligne (environ 30° pour une J et 70° pour une D selon certains guides) ne valent que pour la marque qui les annonce.
Concrètement, quand vous changez de fournisseur, posez une extension de chaque plateau côte à côte avant de reprendre vos mappings habituels. Une C un peu plus ouverte que celle d’avant suffit à décaler tout un œil de chat.
La courbe joue aussi sur ce que l’œil perçoit. À taille égale, une extension en D paraît plus courte qu’une extension en C, parce qu’une partie de sa longueur part dans la boucle. C’est pour cela qu’on prend souvent la D un peu plus longue quand on mélange les deux courbes dans une même pose.
Les courbures une par une, de la J à la L
Le tableau reprend les courbes les plus courantes et l’usage qu’on leur réserve le plus souvent en cabine.
| Courbure | Forme | Usage le plus fréquent |
|---|---|---|
| J | presque droite | cils naturellement longs, rendu très discret |
| B | légèrement courbée | coin interne, cils droits ou peu courbés |
| C | courbe moyenne | la plus posée, yeux en amande ou ronds, cils horizontaux |
| CC | entre la C et la D | yeux en amande ou ronds, cils légèrement tombants |
| D | très recourbée | cils qui poussent vers le bas, effet poupée |
| L et L+ | base plate puis remontée franche | paupière tombante, yeux bridés, cils vers le bas |
| M | base plate plus courte, courbe plus douce que la L | paupière lourde, yeux enfoncés, effet œil de chat |
| LC et LD | base droite puis courbe C ou D | variantes de la L, plus douces ou plus marquées |
D’autres lettres existent chez certains fabricants (DD, U, E…) pour des effets très marqués.
Chez Cils Expert, les bouquets pré-faits So Fan se déclinent en C, CC, D et L, dans des boîtes de longueurs mixtes de 7 à 15 mm ou de 9 à 13 mm. La L y sert notamment aux mappings « fox eyes » à effet liner. Pour la pose classique, les plateaux cil à cil en soie existent en 0,15, 0,20 et 0,25 mm d’épaisseur.
Le cil naturel compte plus que la forme de l’œil
Le référentiel de certification de Cils Expert le formule sans détour, la courbure se sélectionne en fonction de la nature du cil naturel. Avant même de regarder l’œil, on observe donc dans quelle direction le cil pousse (vers le haut, à l’horizontale ou vers le bas) et quelle courbe il a déjà.
Pourquoi tant d’insistance sur le cil ? Parce que la base de l’extension doit reposer à plat sur lui. Si vous prenez une courbe plus forte que ce que l’angle du cil permet, la base se soulève, un jour se forme entre les deux et la colle n’accroche plus que sur une petite surface, avec une tenue qui baisse d’autant.
Ce même excès a un autre coût. Une D posée sur des cils qui poussent déjà vers le haut vient appuyer sur la paupière et gêne la cliente, tandis que sur des cils horizontaux elle dessine une cassure trop nette.
N’en concluez pas pour autant qu’une courbe forte tient moins bien. Les L et L+ ont une base plate et large qui accroche aussi bien qu’une C, même avec un relevé franc.
Le plus fiable consiste à partir d’une courbure proche de celle du cil naturel puis, si la cliente veut un regard plus ouvert, à monter d’un cran plutôt que de deux. Quand les cils tombent, c’est leur direction qui commande. Un autre référentiel de certification enregistré par France Compétences retient alors la D.
L’angle de pousse varie aussi le long d’un même œil, les cils du coin interne ne partant pas comme ceux du coin externe. D’où l’habitude de mélanger deux courbes dans une pose, par exemple une C au coin interne puis une CC vers l’extérieur. Pensez alors à allonger légèrement la courbe la plus fermée pour garder une ligne régulière.
Petite digression, utile si votre clientèle est variée. En 2006, une équipe de l’université nationale de Séoul a comparé dans le British Journal of Dermatology les cils supérieurs de 20 femmes asiatiques et de 10 femmes caucasiennes âgées de 20 à 29 ans, soit 4 661 cils mesurés. Les cils du groupe asiatique présentaient des angles de relevé et de courbure plus faibles, un diamètre plus épais et un nombre plus réduit. L’échantillon est petit et chaque cliente reste un cas à part. Mais devant un cil épais qui sort presque à l’horizontale, une C classique risque de décoller à la base, alors qu’une L ou une LC suit le départ du cil avant de le relever.
La forme de l’œil pour affiner
Une fois la courbe calée sur le cil, on tient compte de la forme de l’œil. Les yeux en amande acceptent presque tout, avec une C ou une CC au quotidien et une D pour plus d’effet. Sur un œil rond, on reste plutôt en C ou en CC, car une D accentuerait encore la rondeur.
Les paupières tombantes et les yeux bridés se travaillent avec une L, une LC ou une M, dont la base plate fait sortir le cil de sous le pli. Sur un œil qui tombe vers l’extérieur, la D ou la L relève le coin externe. Les yeux enfoncés supportent bien une D ou une L avec des longueurs plus marquées au centre, alors que des yeux saillants demandent des courbes plus douces, plutôt B ou C.
Pour des yeux rapprochés ou écartés, la courbure pèse moins que le mapping. C’est la répartition des longueurs qui corrige l’écart, avec des cils courts au coin interne quand les yeux sont rapprochés et sans longueurs excessives au coin externe quand ils sont écartés.
Quant à la photo apportée par la cliente, le référentiel de Cils Expert prévoit que la technicienne argumente son diagnostic et sache refuser si besoin. Avec des cils qui tombent sous une paupière lourde, une D très recourbée peut même finir par chatouiller la peau quand les cils repoussent, ce qu’une L ou une M évite.
Lunettes, chaleur et sommeil, ce qui fait bouger la courbure
Une cliente qui porte des lunettes tous les jours change le calcul. Les référentiels enregistrés par France Compétences demandent d’ailleurs de noter le port de lunettes ou de lentilles dès le diagnostic. Une courbe marquée éloigne l’extension du verre, ce qui compte vraiment puisqu’un contact répété fait tomber les extensions plus vite. Elle autorise même des longueurs un peu plus grandes. Demandez simplement à la cliente de venir avec ses lunettes et de les remettre en fin de pose, le temps de quelques clignements.
La chaleur, elle, peut défaire ce que le fabricant a figé. D’après la marque Stacy Lash, une colle polymérisée supporte de -40 °C à 130 °C environ. Au-delà de 100 °C pendant 10 minutes ou plus, les extensions perdent en revanche une partie de leur courbe et se redressent un peu. En pratique, le risque vient surtout du visage penché au-dessus d’un four qu’on ouvre ou d’un appareil coiffant passé trop près des yeux.
Dormir sur le ventre frotte la frange contre l’oreiller et finit par tordre ou aplatir les extensions. Le sommeil sur le dos préserve beaucoup mieux leur forme, un conseil à glisser dans la fiche d’entretien remise après la pose.
Rehaussement de cils, la courbure se règle avec le silicone
Pour un rehaussement, tout passe par le silicone sur lequel on colle les cils, sa forme comme sa taille. Un petit silicone donne une boucle serrée et un effet marqué, alors qu’un modèle plus grand garde un relevé doux qui allonge visuellement le cil.
Pour trouver la bonne taille, on plaque les cils à sec sur le silicone et on regarde où arrive la pointe, qui doit s’approcher du bord sans le dépasser. Des cils qui débordent demandent la taille au-dessus, tandis que des cils arrêtés à mi-hauteur appellent la taille en dessous. À titre d’exemple, la marque LashBase indique pour ses propres silicones une taille S jusqu’à 10 mm de cil naturel, une M de 11 à 12 mm et une L à partir de 13 mm. Ces repères changent d’une marque à l’autre, exactement comme les lettres des extensions.
Sur une paupière lourde, des yeux enfoncés ou bridés, mieux vaut monter d’une taille. Même logique pour des cils très longs, afin que les pointes ne viennent pas appuyer sur la peau.
Chez Cils Expert, les silicones de rehaussement existent en tailles S, M, L et XL, pour les cils du haut comme pour ceux du bas. Pour le lash lift coréen, la marque propose un silicone plat sur lequel on pose la lotion de l’étape 1. Elle vend aussi un silicone inversé, le moon shield, qui sert entre autres à rattraper un rehaussement trop courbé.
Une boucle trop serrée ne vient d’ailleurs pas toujours de la taille du silicone. Une lotion laissée trop longtemps abîme la fibre et fait partir les pointes de travers (l’effet « fishtail » des formations anglophones). Le référentiel de Cils Expert demande justement d’adapter le temps de pose à l’épaisseur du poil et range les cils trop courbés parmi les effets indésirables sur lesquels la technicienne doit savoir conseiller.
Diagnostic, ce que la fiche cliente doit noter
La certification « Extension de cils et rehaussement », enregistrée par France Compétences le 30 avril 2025 au nom de Cils Expert, détaille le contenu de la fiche diagnostic. La courbure du cil naturel y figure au même titre que son épaisseur, sa longueur, sa couleur et son implantation, à côté de l’état de santé des cils et de leur nombre.
Le référentiel impose aussi deux photos avant la prestation, yeux fermés de face et yeux ouverts de semi-profil. Pour la courbure, c’est le second cliché qui parle. De profil, on voit tout de suite si le cil part vers le bas, à l’horizontale ou déjà relevé. Reprise sous le même angle après la pose, la photo montre si la courbe choisie était la bonne.
Cette certification se prépare à Cils Expert School, au 12 rue Dugommier dans le 12e arrondissement de Paris, à la même adresse que la boutique. La formation extension de cils et rehaussement couvre le cil à cil, le volume russe et le rehaussement.
Questions fréquentes sur la courbure des cils
Quelle est la courbure de cils la plus naturelle ?
La J, presque droite, reste la plus proche d’un cil naturel, ce qui explique qu’on la pose assez peu. La B vient juste après. La C est la plus posée parce qu’elle ouvre le regard sans faire artificiel.
Quelle différence entre une courbure C et une courbure D ?
La D est plus recourbée et relève davantage le cil. Elle convient aux cils qui poussent vers le bas, tandis que la C accompagne des cils horizontaux. À taille égale, une D paraît aussi plus courte qu’une C.
Peut-on recourber des extensions de cils ?
Pas avec un recourbe-cils mécanique, que les professionnelles déconseillent. La courbe d’une extension synthétique est donnée en usine. Certaines tolèrent un recourbe-cils chauffant, passé avec douceur, quand la courbe a un peu retombé.
