Vous vous frottez l’œil, vous retirez le doigt, deux cils restent dessus. La question arrive dans la seconde. Est-ce que ça repousse ?
Oui. Presque toujours. Ce qui mérite d’être nuancé, c’est le délai que vous allez lire partout.
Pourquoi le délai de 6 semaines est-il trompeur ?
6 à 8 semaines. Vous trouverez ce chiffre sur à peu près tous les sites qui traitent le sujet. Il n’est pas inventé, puisqu’il correspond à la phase de croissance active d’un cil, qui dure entre 4 et 10 semaines selon les travaux publiés.
Un cil perdu ne redémarre pourtant pas sa croissance le lendemain.
Une étude menée sur 29 volontaires pendant 9 mois a mesuré un cycle complet de 90 jours environ, avec une phase de croissance de 34 jours en moyenne. Trois mois pour un tour complet. Et selon le moment où le cil est tombé, vous pouvez attendre la quasi-totalité de ce cycle avant de voir quoi que ce soit sortir.
Comment fonctionne le cycle de vie d’un cil ?
Un cil ne pousse pas en continu. Il alterne trois états, indépendamment de ses voisins. C’est pour ça que vous ne perdez jamais toute la ligne de cils d’un coup.
La phase anagène, celle où le cil grandit
C’est la seule phase où le cil s’allonge. Elle dure de 30 à 45 jours chez la plupart des gens. Le cil gagne environ 0,12 à 0,14 mm par jour. À un instant donné, environ 40 % des cils supérieurs sont dans cet état, contre 15 % des cils inférieurs.
La phase catagène, celle où tout s’arrête
Le follicule se rétracte et la circulation sanguine qui alimentait le cil se coupe. Comptez 2 à 3 semaines. Le cil est encore là, bien visible. Il ne bougera plus d’un millimètre.
La phase télogène, la plus longue
C’est la phase de repos. Elle peut durer jusqu’à 100 jours avant que le cil ne tombe de lui-même pour laisser la place au suivant. Pendant tout ce temps, rien ne se passe en surface.
Pourquoi un cil arraché met-il parfois 3 mois à revenir ?
Si vous arrachez un cil en pleine phase de croissance, le follicule ne relance pas un nouveau cil immédiatement. Il termine son programme. Il passe en catagène, puis en télogène. Ce n’est qu’au bout de ce parcours qu’il recommence à produire.
Autrement dit, vous avez un trou pendant toute la durée restante du cycle.
Un cil tombé naturellement en fin de télogène est remplacé vite, parfois en quelques semaines, parce que le suivant était déjà en route sous la peau. Un cil arraché en début d’anagène peut vous faire attendre 2 à 3 mois. Deux personnes qui perdent des cils le même jour n’auront donc pas du tout la même expérience. Rien à voir avec la qualité de leurs follicules. Tout à voir avec le timing.
Dans quels cas les cils ne repoussent-ils pas ?
Il existe un terme médical pour la perte de cils, la madarose. Les dermatologues la classent en deux familles. Cette distinction est la seule chose à retenir.
La madarose non cicatricielle laisse le follicule intact. La repousse se fait une fois la cause traitée. C’est le cas de l’immense majorité des situations, carence alimentaire, blépharite, stress important, chimiothérapie, frottements répétés.
La madarose cicatricielle, elle, détruit le follicule. Il n’y a plus rien à relancer. Elle survient après une brûlure profonde, une infection sévère, certaines maladies auto-immunes évoluées ou une radiothérapie à forte dose, autour de 50 à 60 Gy, qui détruit les cellules souches du follicule.
Un cil coupé repousse donc toujours, puisque le follicule n’a pas été touché. Un cil arraché repousse aussi, sauf arrachage répété au même endroit pendant des années. Après une chimiothérapie, les cils reviennent généralement dans les semaines qui suivent la fin du traitement.
Extensions de cils, à quel moment faut-il s’inquiéter ?
C’est l’une des premières causes de perte de cils en institut. Autant être honnête sur le mécanisme plutôt que de botter en touche.
Une extension pèse. Posée sur un cil naturel trop fin pour la porter, elle exerce une traction permanente sur le follicule. À la longue, ça s’appelle une alopécie de traction. Le cil s’affine, tombe prématurément et le follicule finit par produire un cil plus faible que le précédent.
Les mêmes causes reviennent dans presque tous les cas. Des extensions trop longues ou trop épaisses pour le cil porteur. Une pose trop proche de la racine, qui bloque le mouvement naturel du follicule. Des retouches enchaînées sans jamais laisser respirer le cil naturel.
La bonne nouvelle, c’est que cette perte est réversible dans la très grande majorité des cas. Arrêtez les poses, laissez passer 2 à 3 cycles complets, soit 6 à 9 mois. L’implantation se reconstitue. La perte définitive existe. Elle concerne une minorité de personnes, après plusieurs années de port continu, quand la traction a fini par faire cicatriser le follicule.
Mon avis personnel, pour ce qu’il vaut. Le problème vient rarement de la technique elle-même, il vient du calibrage. Une pose réalisée avec des fibres adaptées au diamètre réel du cil naturel ne crée pas d’alopécie de traction. Une pose où l’on cherche le volume maximum sans regarder ce que le cil peut supporter, oui. C’est exactement ce qu’on apprend à doser en formation. C’est le point sur lequel Cils Expert insiste dans ses modules de perfectionnement.
Et les colles dans tout ça ?
Une colle mal tolérée provoque une irritation, l’irritation pousse à se frotter les yeux. Et c’est le frottement qui arrache les cils, pas la colle. Si vos yeux piquent après chaque pose, le sujet à traiter est l’adhésif, pas la repousse.
Les sérums de croissance servent-ils à quelque chose ?
Réponse courte. Oui pour une molécule précise, sous conditions.
Ce que montrent les études sur le bimatoprost
Le bimatoprost est un analogue de prostaglandine utilisé au départ contre le glaucome. On s’est aperçu que les patients voyaient leurs cils pousser, ce qui a d’abord été signalé comme effet indésirable avant de devenir un usage à part entière.
Les chiffres sont solides. Dans un essai randomisé en double aveugle portant sur 278 personnes, 78,1 % des participants sous bimatoprost 0,03 % montraient une amélioration à 16 semaines, contre 18,4 % sous placebo. Les gains portaient sur la longueur, l’épaisseur et la pigmentation. L’effet s’estompe à l’arrêt, avec un retour au niveau initial en 4 à 6 mois.
Notez le délai. 16 semaines. Aucun sérum ne vous rendra une ligne de cils fournie en 15 jours.
Ce que disent les autorités sanitaires françaises
L’Anses a alerté sur des sérums cosmétiques contenant de l’isopropyl cloprostenate, un cousin chimique du bimatoprost. Le signalement partait du cas d’une utilisatrice dont l’œil gauche s’était assombri après 5 mois d’application quotidienne, avec en plus une fonte de la graisse autour de l’orbite qui creuse le regard. Ces deux effets sont irréversibles.
Le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs a conclu qu’aucun des analogues de prostaglandines évalués ne pouvait être considéré comme sûr en cosmétique. Au Canada, ces substances sont déjà interdites dans les cosmétiques. En Europe, la décision définitive est attendue.
Comment les repérer sur une étiquette ? Cherchez le segment « prost » dans la liste INCI. Isopropyl cloprostenate, ethyl tafluprostamide, dechloro dihydroxy difluoro ethylcloprostenolamide. Si vous le voyez, vous avez affaire à un produit dont la sécurité n’est pas établie.
Que faire pendant la repousse ?
Rien de spectaculaire. Et c’est bien le problème pour qui attend un remède.
Retirez d’abord la cause. Si ce sont les extensions, faites-les déposer proprement plutôt que de les arracher. Si c’est une blépharite, elle se soigne. Si c’est le démaquillage, revoyez le geste, on nettoie la ligne de cils, on ne frotte pas la paupière.
Ensuite, laissez travailler. Un soin nourrissant à base d’huile de ricin ou de peptides ne fera pas pousser un cil plus vite, la vitesse de croissance dépend largement de facteurs individuels. En revanche il limite la casse du cil existant, ce qui n’est pas rien quand la ligne de cils est déjà clairsemée.
Et donnez-vous 3 mois avant de juger. Pas 6 semaines.
Quand faut-il consulter ?
Une perte progressive et symétrique sur les deux yeux, une perte par plaques, une rougeur persistante du bord de la paupière ou une absence totale de repousse après 3 mois justifient un avis médical. Un ophtalmologue ou un dermatologue identifiera s’il s’agit d’une blépharite, d’une pelade ou d’autre chose.
